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MODE PARADISIO
A 20 ans, en marge de ses études de cinéma,
Pierre Talamon chine des vêtements aux Puces pour les
personnalités du show-biz. Aujourd'hui, il propose
des collections "ciné style" en technicolor...
J 'aime me souvenir: Marcello Mastroianni me commandait des
chemises mauves, Charles Berling, des chemises blanches en
nid d'abeille, Danny Brillant, un costume blanc, Claude Nougaro,
des pantalons et chemises de scène, Jean Hugues Anglade,
Michel Houellebecq... Je suis né en 1965, à
Paris, dans un milieu bourgeois et cultivé, d'un père
avocat et d'une mère orthophoniste. Aucun rapport avec
la mode. Je trouvais papa mal habillé, quant à
maman, ce n'était pas mieux. Je piquais des crises
pour qu'ils changent les décors de l'appartement que
je ne trouvais pas à mon goût. J'adorais me déguiser
et imiter les show-variétés des Carpentier.
Un jour, j'ai découvert et touché le taffetas
de soie de la robe de mariée de ma mère, abandonnée
dans un grenier à la campagne. A 20 ans, j'assistais
Richard Star qui, tel un pygmalion, m'a mis le pied à
l'étrier. Je me souviens de Johnny Hallyday pour qui
nous avions habillé toute la section cuivre en smoking
blanc, ce qui faisait briller trompettes et saxophones. J'ai
finalement délaissé mes études de cinéma,
après un Deug de Lettres et une Licence de Cinéma,
pour m'occuper entièrement d'une boutique de vêtements
rétro réédités. J'ai eu vite envie
de créer ma propre ligne. Rien ne me convenait chez
les fournisseurs. C'est là qu'intervient la rencontre
avec Yves Baugrand, fabriquant de chemises pour Yves-Saint-Laurent
Rive Gauche, Hermès,
Céline, Lanvin, Jean-Paul Gaultier. J'avais 26 ans.
Je veux lui faire fabriquer des chemises en couleurs pleines
(bleu gitane, vert émeraude, jaune anisé), avec
des galons et biais en opposition de couleur, des empiècements
imprimés, une absence de surpiqûre et de patte
de boutonnage, pour donner à mes chemises un aspect
épuré, très lisse. Yves Baugrand me propose
de signer une licence : c'est la naissance de la marque "Pierre
Talamon". Au bout d'un an, je crée ma première
ligne de costumes quatre boutons, taille cintrée, assez
recherchés à l'époque. Plus tard, vient
ma première ligne de pulls. Autodidacte, mon apprentissage
dans une ambiance plutôt show-bizz et ma passion pour
le cinéma influencent mon style. Je suis marqué
par les films de Jacques Demis (couleurs tendres et acidulées
des années 60), "Le Mépris" de Jean-Luc
Godard ( le bleu et le rouge ), les pastels flamboyants des
comédies musicales américaines des années
50 (l'incroyable "Un Américain à Paris"
avec Gene Kelly), "Gattaca" d'Andrew Nicoll (efficacité
et sobriété des costumes) ou les films de David
Lynch. Ainsi, la collection printemps-été 2002
s'inspire-t-elle du "Talentueux Mr Ripley",
remake de "Plein soleil". Je veux faire un vêtement
ludique, qui fasse rêver par sa couleur, son énergie
graphique ou sa fantaisie.»
Propos recueillis par Florence Julienne
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